Vendredi 10 juin 2005
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Vous êtes ivoirien, vous vivez en côte d’ivoire. Ou alors vous venez d’ailleurs et vous essayez d’y vivre ou encore vous avez fuit le pays à cause de la guerre. Si vous êtes dans l’un de ces cas, ce message vous concerne. Prenez un peu de recul essayez d’oublier juste un instant les images de massacres, de femmes éventrées, de corps calcinés, de viols collectifs. Essayez d’oublier le regard haineux de votre voisin, d’un jeune du quartier. Essayez d’oublier d’escalade de la machette à la kalachnikov. Essayez d’oublier, pour quelques secondes tous ces gens morts ou disparus, vos frères, vos parents, vos amis, des gens que vous respectez. Chacun de ces corps qui pourrait être celui de votre fils ou de votre père. Chacun de ces corps qui est un bout de votre vie, qui part en lambeaux de chair humaine, qui finit sur le bord d’une route, dans un pneu calciné, dans une fosse empilé sur les autres. Plus que la mort c’est la déchéance de vous-même qui vous pénètre. Vous n’êtes plus rien qu’un animal qu’on tire au fusil. Plus de perspectives, plus rien, juste la mort ou quelque chose qui y ressemble en pire.
Et je vous demande d’oublier ?
Vous pouvez avoir la certitude que tous ceux qui lisent en ce moment ce message autant que celui qui l’a écrit ressentent la même chose que vous. La déchirure s’insinue, s’étend dans notre cœur. Si vous êtes seuls dans un coin, à l’abri des regards peut-être même pleurez vous. La tristesse n’aime pas la solitude, vous allez chercher les coupables et ils seront l’objet de votre vengeance. Vous allez chercher ceux qui vous font peur et ils seront l’objet de votre dégoût. Mais quoi que vous fassiez, quelque soit l’artifice intellectuel que vous utiliserez cette tristesse restera plus forte que vous. Demain vous pleurerez comme aujourd’hui, et après demain encore, même les mains tâchées par le sang de vos ‘ennemis’ votre cœur pleurera son sang. N’essayez pas de croire qu’un jour tout sera fini en vous, on n’oublie pas un passage en enfer. Alors si vous ne pouvez pas oublier regardez une minute les choses comme elles sont.
Regardez dans cette rue d’Adjamé, il est midi, des gens passent. Regardez les et dites vous qu’ils sont tous comme vous. Dites vous qu’ils ont tous mal. Dans la boue par terre un enfant de deux ans qui traîne. Cet enfant là, il est pareil a celui que vous étiez, il traîne dans la boue comme vous l’avez peut-être fait vous-même. Il ne traîne pas dans la boue à cause de votre douleur, a cause de la guerre, il traîne dans la boue parce qu’il est pauvre. Cet enfant là peut être lui pourra oublier ce qu’il a vu. Si ca se trouve ses parents ont su le protéger des scènes que vous avez vu. Pour cet enfant qu’il s’appelle Gbagbo, Bédié, Ouattara, Soro ou Blé, pour cet enfant nous devons arrêter. Cet enfant mérite même le prix de votre vie. Il est votre espoir, il est l’espoir qu’un jour vous pourrez sortir dans la rue quelque soit l’heure du jour ou de la nuit. L’espoir qu’un jour vous pourrez acheter le journal que vous voudrez, adhérer au parti politique qui vous conviendra, prier ou non sans crainte d’être jugé. L’espoir qu’un jour vous sortirez de la pauvreté. Si vous êtes riche ou si vous espérer le devenir, l’espoir qu’un jour vous ne serez plus obligé de cacher votre argent. Pour cet enfant ne regardez pas derrière vous, dites non!
Il n’y a que la haine et la peur qui justifient ce qui se passe, peu importe d’où elle viennent elles doivent disparaître. Faîtes les taire d’abord en vous et si vous êtes surs d’être en mesure de les dominer alors essayez de convaincre les autres. Quoi qu’il en soit, comme vous je souffre, comme vous je ne suis rien, je suis pauvre parce que mon pays est pauvre, je suis triste parce que mon pays est triste et pourtant l’amour encore est en moi. Vous me reconnaîtrez quand vous verrez inscrit sur ma porte, ou alors sur ma chemise, sur mes tapettes ou ma voiture « Je vous aime ». Vous aussi ? Alors faîtes pareil et je vous reconnaîtrai dans la rue, à Bouaké, à Yamoussoukro, à Korhogo, à Boundiali, à Abengourou, Man, San Pédro, à Yopougon ou au Plateau.